Une jeune femme qui avance, seule, un soir. Une nuit. Comme les autres ?
Une lueur pâle tremblote à l’horizon.
La jeune femme l’observe quelques secondes, et baisse la tête en la secouant légèrement d’un côté à l’autre.
Elle a perdu une fois encore toute joie.
Elle a perdu une fois encore toute envie de sourire.
La lueur. Elle vient de la fuir. Elle vient de fuir l’horreur, les cris, les hurlements, les pleurs. La peur. La mort aussi.
Elle s’assoit.
La tête entre les mains, les coudes sur les genoux, elle tente de se souvenir…
Cette journée avait si bien commencé…
Elle avait rendez-vous avec sa meilleure amie. Comme tous les samedis.
Elles sont sorties ensemble, cinéma, shopping.
Elles discutaient, assises sur un banc, quand le soleil s’est assombri.
Quand le calme a été remplacé par un bruit assourdissant.
Quand le ciel si bleu a viré au rouge, au gris, au noir.
Quand l’air parfumé d’un début d’été c’est chargé d’odeurs nauséabondes.
Son amie s’est redressée, et a couru vers la source de tant de troubles, quand une seconde déflagration a retenti.
Et sous ses yeux, la jeune femme a vu son amie voler en éclat. Là où l’amie se tenait, il n’y désormais avait plus qu’une chaussure calcinée.
Et elle avait couru au loin, s’éloignant. Toujours plus haut, toujours plus loin. Fuyant l’horreur. La peur. Les pleurs.
Assise sur son rocher, en cette triste nuit, elle ne peut assécher les flots coulant de ses yeux. Elle ne peut se contrôler.
Elle glisse à terre, gémissant.
Victime indirectement de l’horreur humaine…
Les journaux, le lendemain.
Deux explosions ont ravagé le parc du centre ville.
Des centaines de victimes, blessées ou mortes. Des disparus.
Sur la colline, roulée en boule, la jeune femme a froid.
Il fait jour, une nouvelle aube s’est levée. Celle-ci portait une robe rouge, et avait l’âcre odeur du sang, mais elle s’était levée, bientôt rejointe par le jour, paré des mêmes apparats.
Une nouvelle vie commence.
Sans elle, qui n’a plus froid.
Sans elle, qui ne pleure désormais plus.
Sans elle, qui n’avait pas vu l’éclat de verre fiché dans son dos.
Sans elle, qui n’a pas senti la vie s’écouler de son corps durant la nuit….
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander